OPINION – Cristiano Ronaldo, un « produit » qui s’est fait tout seul

C’est l’injure récurrente. Cristiano Ronaldo n’est pas talentueux, c’est un « produit ». Un joueur laborieux, industrieux, industriel et même artificiel. Messi, c’ est bio. Regarder ses arabesques est bon pour votre santé. Apprécier un dribble de Messi fait d’ailleurs automatiquement de vous un amateur d’art distingué. Et quand Messi est universel, le talent de Ronaldo ne semble dédié qu’aux fans du Real. Le spectateur neutre est toujours enjoint à choisir le Messi, plus frais, dans un étal.

Cristiano Ronaldo remporte le Ballon d’Or 2017

Ronaldo est donc un « produit ». Pas un talent naturel. Comme s’il s’agissait d’une insulte. Comme si CR7 n’était pas un surnom mais l’acronyme d’un projet ultra-secret qui aurait consisté à créer un footballeur de toutes pièces dans un complexe militaire, à partir de cellules ayant appartenues à des footballeurs morts. En vérité, « produit » ne devrait pas être un quolibet. Loin s’en faut.

Prédestiné contre préfabriqué

Car si Messi est la part du divin, Ronaldo est celle de l’humain. L’humain qui ne lâche rien pour essayer de s’octroyer, in fine, celle du lion. L’espoir aussi est humain. L’espoir de gagner sa place dans l’aréopage à la seule force de ses bras. Tel un Kratos vengeur escaladant rageusement le mont Olympe, à l’assaut des dieux avachis dans leur don.

Ronaldo, Prométhée moderne, montre que l’inné se contre. Le talent, même divin, se vainc. Certes, Ronaldo est un produit, mais il est son propre produit. Un produit qui s’est construit tout seul. Un « Self-Made man ». Et si l’on peut pester contre l’emballage, que d’aucuns peuvent trouver trop tape-à-l’œil, il n’y a rien à reprocher au contenu. Au parcours.

Ronaldo, le gamin fluet aux cheveux en spaghetti qui insupportait les supporters des Red Devils avec son dribble de trop à son arrivée du Sporting, Ronaldo qui volait à chaque contact,  Ronaldo qui devait non pas juste se faire un nom dans le monde impitoyable du football, mais un prénom, ce Ronaldo s’est transformé en machine de guerre. Rivalisant avec l’un des joueurs les plus naturellement doués de toute l’histoire de ce sport.

Nous aimons tous les Mozart. Tout le monde est capable d’admirer le talent à l’état pur. Mais que cela ne nous empêche pas de reconnaître la valeur des Salieri. Des Mark Landers. Des Vegeta. Des antihéros. Protagonistes à un degré moindre de l’histoire dans son ensemble, mais toujours hérauts de leur propres destinées. À la force du poignet.

Ronaldo, rival archétypal

Ronaldo est fait de ce même métal. Messi « joue » au football. Pour lui, l’exercice est naturel. Pour Ronaldo, c’est une mission. Un objectif à atteindre. Un travail à accomplir. Messi est né pour jouer à ce niveau. Ronaldo a dû travailler toute sa vie, sacrifier toute une existence pour parvenir au même niveau d’excellence. Les manches de maillot relevées jusqu’à l’épaule de Mark Landers sont le symbole de sa détermination. Son football est le fruit de son travail. Quand Landers pratiquait les frappes dans l’eau ou courait dans la neige, Ronaldo devenait l’un des premiers joueurs à engager un coach personnel, arrivait plus tôt à l’entraînement et repartait plus tard après s’être exercé pendant des heures aux coups francs à l’époque de sa transformation, à Manchester United.

Il possède moins de masse graisseuse qu’une danseuse étoile, il peut rester 1.09 secondes en l’air avec une détente stratosphérique, il est parvenu à éviter les blessures sérieuses et les pépins à répétition tout au long de sa carrière avec son hygiène sportive drastique qu’il s’est lui-même imposée. Et tout ce qu’il a pu accomplir, Ronaldo ne le doit qu’à Cristiano. Pas à l’aléatoire loterie génétique qui distribue les points de compétence et d’apparence  de manière toujours hasardeuse et souvent inique.

Le monde du football aujourd’hui est divisé entre fans de Messi et supporters de Ronaldo. Mais la grande majorité du genre humain sera toujours plus proche du Portugais. À part une poignée d’élus, touchés par la grâce, nous sommes tous des Cristiano. Mais pour devenir des Ronaldo, il faut consacrer toute une existence à la perfection d’une activité. Pensez-y la prochaine fois que vous aurez du mal à suivre un régime, ou que vous ne parviendrez pas à arrêter de fumer.

Peut-être que Ronaldo ne sera jamais aussi talentueux que Messi, dont même le nom confine au divin. Peut-être que Messi ne sera jamais aussi déterminé que Ronaldo. Et c’est peut-être comme ça que l’équilibre se maintient entre l’acquis et l’inné au moment de la distribution des trophées. 

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