Le Real Madrid, le Barça et le Bayern ont annoncé la couleur

Les Huitièmes de finale aller de la Ligue des champions ont livré leur verdict. Le Bayern Munich, le Real Madrid et le Barça, grands favoris, ont tenu leur rang.

C’est encore l’hiver, mais le doux parfum du printemps européen se propage sur les quatre coins du Vieux Continent. La plus prestigieuse des compétitions a repris ses droits, depuis deux semaines. C’est un cercle toujours aussi fermé, et peut-être encore moins homogène que par le passé, car au sein même de ce groupe de poids lourds, les favoris assument plus que jamais leur statut.

Ce constat éloquent prend encore plus de sens à l’issue des premières manches, qu’ils n’ont pas disputées dans le confort d’un match à domicile. Le Bayern Munich, tenant du titre, ou le Barça, ont imposé leur loi et envoyé un message fort en domptant respectivement Arsenal et Manchester City dans les deux affiches les plus alléchantes du menu. Mais le Real Madrid, autre favori, ou des outsiders crédibles comme le Paris Saint-Germain, le Borussia Dortmund ou l’Atlético Madrid, ont tenu leur rang. Et puisqu’il en fallait un, Manchester United a endossé le costume du mauvais élève… Gros plan sur le premier volet d’un feuilleton en deux parties.

Le Bayern et le Barça montent en puissance

Le choc entre Arsenal et le Bayern était un des duels les plus attendus du plateau. Parce que le géant allemand laisse encore l’empreinte d’un rouleau-compresseur, comme l’année dernière, et parce qu’Arsenal, justement, a bien grandi depuis sa dernière campagne. Et puis le harsard fait parfois bien les choses : les deux équipes s’étaient rencontrées au même stade, jour pour jour, il y a un an. Mais les Gunners ont encore failli… Un début de match entreprenant et un penalty (manqué par Özil) auraient pu changer ce script écrit d’avance, avant que le Champion d’Europe, sans Franck Ribéry, impose progressivement sa maîtrise collective avec un flegme franchement impressionnant. La faculté de ce Bayern à alterner attaques placées et contres meurtriers est toujours aussi stupéfiante, mais les hommes de Guardiola détiennent surtout les armes les plus utiles dans les rapports de force de la C1 : rigueur défensive, impact athlétique et froid réalisme. La référence, toujours.

Culturellement beaucoup plus dogmatique, le Barça a laissé la même impression contre Manchester City (0-2). L’arbitrage de cette rencontre a fait débat. C’est sur un penalty litigieux – même les ralentis ne déterminent pas si la faute a lieu dans la surface ou pas – que Lionel Messi a débloqué la situation. L’expulsion de Demichelis, sur cette action, cumulée à quelques faits de jeu isolés, ont renforcé la tension dans les rangs du club anglais. Mais l’histoire de ce match est ailleurs. Le premier ennemi de City ne fut pas M. Erkisson, mais bien son extrême prudence. Ne pas regarder une équipe dans les yeux, quand on en a les moyens, est un cas de figure assez frustrant. Les Citizens ont joué contre-nature, ils n’avaient pas la discipline collective et les repères pour attendre Barcelone. Pellegrini est un tacticien reconnu et méticuleux, mais cette désillusion renforce la thèse des détracteurs qui pointent ses limites dans les duels à fort enjeu. Le Barça, de son côté, a déjà un pied et demi en Quarts. Il avance caché, pour le moment, mais le seul retour de Messi au premier plan suffit à inspirer la crainte.

Paris, taille patron

Le Paris Saint-Germain était épié après avoir laissé poindre quelques légers signes d’essouflement en début d’année. Mais les hommes de Laurent Blanc ont passé le test avec brio (victoire 0-4) sur le terrain d’un Bayer Leverkusen en plein doute, mais toujours accroché à la seconde place de Bundesliga. En signant un doublé – dont un petit bijou d’une reprise sèche du gauche à l’extérieur de la surface – Zlatan Ibrahimovic a encore illuminé l’Europe. Le Suédois ne connait pas l’érosion des années, il se bonifie, et cette progression perpétuelle pourrait l’amener à franchir ce col européen sur lequel il a toujours glissé. En dehors des prouesses de son crack, Paris a fait le job. Leverkusen s’est noyé, mais les Allemands n’ont pas fermé le jeu, principale raison d’une possession un peu moins importante et d’une verticalité notable dans la copie de Paris. Et puis pour les petites histoires, Cabaye a débloqué son compteur, mais son premier concurrent, Matuidi, avait ouvert le score. La soirée idéale pour Blanc, qui s’offre le luxe précieux d’une éventuelle rotation au retour.

De son côté, Dortmund est redevenu, le temps d’un soir, l’équipe si romantique du cru 2013. Sa tâche a été facilitée par un Zenit en manque de rythme, handicapé par un début de match cauchemardesque (deux buts en cinq petites minutes). À ce stade de la compétition, et à domicile, c’est un scénario généralement rédhibitoire. Le second acte de ce match fut plus rocambolesque. Les Russes sont parvenus à relancer l’espoir, par deux fois, mais l’inévitable Lewandowski s’est offert un doublé salvateur pour permettre au Borussia d’assurer quasiment sa qualification (2-4). Il faudra surveiller le dernier finaliste pour la suite de cette édition. L’équipe de Jürgen Klopp est une bête blessée, mais elle a peut-être trouvé son second souffle dans cette année mitigée…

L’Atlético Madrid peut rejoindre cette caste d’outsiders. Pressés et franchement bousculés par un Milan plus vaillant que jamais cette saison, les Colchoneros ont plié, sans jamais rompre, avant de finalement porter l’estocade en toute fin de rencontre par ce bougre de Diego Costa. La singularité des hommes de Simeone, accrocheurs, voire truqueurs, n’est pas très esthétique, mais cette équipe a de la moelle et transpire la combativité. Ces vertus essentielles en C1 appellent une forme de chance, aussi. C’est un constat qui peut rassurer dans les rangs d’un Milan vraiment pas verni. Les Rossoneri ont signé une prestation intense et aboutie, c’est une vraie éclaircie au cœur d’une saison terne. Et si cette défaite amère peut condamner les hommes de Seedorf, elle leur permettra, aussi, de franchir un cap dans une ère de reconstruction.

L’Espagne sourit, l’Angleterre pleure

Manchester United, de son côté, ne peut même pas se targuer d’avoir mis la manière. Complètement étouffé dans l’atmosphère asphyxiante du Pirée, United n’a presque rien proposé. Cette équipe n’a plus la consistance qui l’a toujours caractérisée sous la tutelle de Ferguson. C’est un ingrédient non tangible, mais vraiment vital, et ce visage apathique est beaucoup plus préoccupant qu’une stricte mauvaise opération mathématique. Mais la médiocrité des Red Devis n’enlève rien au mérite de l’Olympiakos. Les Grecs avaient montré les prémices de leur générosité dans leurs confrontations contre Paris, en phase de poules. Il ont confirmé ces bonnes dispositions en signant une victoire logique (2-0), acquise grâce au tandem d’attaque Dominguez-Campbell. Du travail bien fait.

Enfin, les derniers duels ont accentué deux tendances fortes de ces premières manches. Celle d’un foot anglais en souffrance, d’abord, parce que les représentants de Premier League n’ont pas signé un seul succès. Mais Chelsea vit encore. Les hommes de Mourinho ont rempli leur part du contrat en décrochant un score de parité avec un but à l’extérieur, dans l’enceinte de Galatasaray, une ambiance qui nivèle les valeurs. Le retour à Stamford Bridge n’est pas propice à un suspense insoutenable, mais le simple comeback de Didier Drogba dans son jardin vaudra le détour.

La compétitivité du foot anglais est montrée du doigt, donc, mais celle du foot espagnol n’est justement plus à démontrer. Le Real Madrid en est aujourd’hui l’étendard. Par son degré de forme croissant, son expression collective, et la complémentarité de ses hommes forts, il est un des grandissimes favoris à la victoire finale. Schalke 04, étrillé, peut l’attester. Les hommes de Carlo Ancelotti ont joué leur partition, sans baisse de rythme. Un petit chef d’œuvre dont Cristiano Ronaldo, malgré quelques ratés, fut encore le maestro en orchestrant une superbe symphonie à trois avec Gareth Bale et Karim Benzema. Trois doublés, une addition salée, et une connivence de tous les instants, cette BBC a littéralement broyé le club allemand. Jeu, set et match, on passe à autre chose… Il y a douze ans, Zinédine Zidane, d’une volée magistrale, envoyait le peuple madridista sur le toit de l’Europe. Un an plus tard, Carlo Ancelotti soulevait la Coupe aux grandes oreilles avec le Milan. Ces deux destins, autrefois croisés, sont aujourd’hui étroitement liés. Sur un seul banc. Et pour une seule quête. Mais Madrid peut y croire. Dans la capitale espagnole, le parfum du printemps européen a déjà l’odeur d’une Decima…